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21.04.2008

Renée Vivien

18 avril Renée Vivien a été à l’honneur au Centre lgbt de Paris :
"Renée Vivien, femme et artiste idéaliste au talent
re m a rquable. Une intervention aimablement proposée
par Nadeige, d’une heure, et suivie d’un échange."

Hasard ? En tout cas, les lesbiennes enfin la célèbrent... ça fait plaisir ! Je rappelle que Ma revue lesbienne consacrée à Renée Vivien est finalement téléchargeable pour 1,25 € (si c'est gratuit, je ne sais pas si des gens le téléchargent ou pas ? et puis 1 euro pour mon association, pourquoi pas?) ... sur lulu.com

Alors qu'une chaîne tv vient de censurer un "baiser entre deux femmes" ... on voit que la Lesbophobie continue encore à sévir ...

22.03.2008

Vous

Vous pour qui j’écrivis

Vous pour qui j’écrivis, ô belles jeunes femmes !
Vous que, seules, j’aimais, relirez-vous mes vers
Par les futurs matins neigeant sur l’univers,
Et par les soirs futurs de roses et de flammes ?

Songerez-vous, parmi le désordre charmant
De vos cheveux épars, de vos robes défaites :
« Cette femme, à travers les sanglots et les fêtes,
A porté ses regards et ses lèvres d’amant. »

Pâles et respirant votre chair embaumée,
Dans l’évocation magique de la nuit,
Direz-vous : « Cette femme eut l’ardeur qui me fuit…
Que n’est-elle vivante ! Elle m’aurait aimée… »

RENEE VIVIEN

Nous deux

Nous nous sommes assises

Ma douce, nous étions comme deux exilées,
Et nous portions en nous nos âmes désolées.

L’air de l’aurore était plus lancinant qu’un mal…
Nul ne savait parler le langage natal…

Alors que nous errions parmi les étrangères,
Les odeurs du matin ne semblaient plus légères.

…Lorsque tu te levas sur moi, tel un espoir,
Ta robe triste était de la couleur du soir.

Voyant tomber la nuit, nous nous sommes assises,
Pour sentir la fraîcheur amical des bises.

Puisque nous n’étions plus seules dans l’univers,
Nous goûtions avec plus de langueur les beaux vers.

Chère, nous hésitions, sans oser croire encore,
Et je te dis : « Le soir est plus beau que l’aurore. »

Tu me donnas ton front, tu me donnas tes mains,
Et je ne craignis plus les mauvais lendemains.

Les couleurs éteignaient leurs splendide insolence ;
Nulle voix ne venait troubler notre silence…

J’oubliai les maisons et leur mauvais accueil…
Le couchant empourprait mes vêtements de deuil.

Et je te dis, fermant tes paupières mi-closes :
« Les violettes sont plus belles que les roses. »

Les ténèbres gagnaient l’horizon, flot à flot…
Ce fut autour de nous l’harmonieux sanglot…

Une langueur noyait la cité forte et rude,
Nous savourions ainsi l’heure en sa plénitude.

La mort lente effaçait la lumière et le bruit…
Je connus le visage auguste de la nuit.

Et tu laissas glisser à tes pieds nus tes voiles…
Ton corps m’apparut, plus noble sous les étoiles.

C’était l’apaisement, le repos, le retour…
Et je te dis : « Voici le comble de l’amour… »


Jadis, portant en nous nos âmes désolées,
Ma Douce, nous étions comme deux exilées…

RENEE VIVIEN

Je fus un Page épris

Je fus un Page épris


C’est l’heure où le désir implore et persuade…
Le monde est amoureux comme une sérénade,
Et l’air nocturne a des langueurs de sérénade.

Les ouvriers du soir, tes magiques amis,
Ont tissé d’or léger ta robe de samis
Et semé d’iris bleus la trame du samis.

Il me semble que nous venons l’une vers l’autre
Du fond d’un autrefois inconnu qui fut nôtre,
D’un pompeux et tragique autrefois qui fut nôtre.

Sur mes lèvres persiste un souvenir charmant.
Qui peut savoir ? Je fus peut-être ton amant…
O ma splendeur ! Je fus naguère ton amant…

Une ombre de chagrin un peu cruel s’obstine,
Amenuisant encor ta bouche florentine…
Ah ! ton sourire aigu de Dame florentine !

Mon souvenir est plus tenace qu’un espoir…
L’âme d’un page épris revit en moi ce soir,
D’un page qui chantait sous ton balcon, le soir…

RENEE VIVIEN

L'Amour borgne

L’Amour borgne

Je t’aime de mon œil unique, je te lorgne
Ainsi qu’un Chinois l’opium :
Je t’aime aussi de mon amour borgne,
Fille aussi blanche qu’un arum.
Je veux tes paupières de bistre,
Et ta voix plus lente qu’un sistre ;
Je t’aime de mon œil sinistre
Où luit la colère du rhum.

Je te suis du regard, lubrique comme un singe,
Ivre comme un ballon sans lest.
Ton âme incertaine de Sphinge
Flotte entre le zist et le zest.
Et je halète vers l’amorce
Des seins vibrants, du souple torse
Où la grâce épouse la force,
Et des yeux verts comme l’ouest.

Ton visage s’estompe à travers les courtines ;
Et tu médites, un fruit sec
Entre tes lèvres florentines
Où s’apaise un sourire grec.
Je meurs de tes paroles brèves…
Je veux que de tes dents tu crèves
Mon œil où se brouillent les rêves,
Comme un ara, d’un coup de bec.

RENEE VIVIEN

A la bien-aimée

A la Bien-Aimée

Vous êtes mon palais, mon soir et mon automne,
Et ma voile de soie et mon jardin de lys,
Ma cassolette d’or et ma blanche colonne,
Mon par cet mon étang de roseaux et d’iris.

Vous êtes mes parfums d’ambre et de miel, ma plume,
Mes feuillages, mes chants de cigales dans l’air,
Ma neige qui se meurt d’être hautaine et calme,
Et mes algues et mes paysages de mer.

Et vous êtes ma cloche au sanglot monotone,
Mon île fraîche et ma secourable oasis…
Vous êtes mon palais, mon soir et mon automne,
Et ma voile de soie et mon jardin de lys.

RENEE VIVIEN

D'après Swinburne

Se peut-il que je sois chérie et désirée,
Douce, puisque toi seule es belle et non point moi ?
Je te supplie, avec les ferveurs de ma foi,
Les bras chargés de fleurs que ton sourire agrée…

Oui, pourquoi suis-je belle à tes yeux ? Et pourtant
Ne m’abandonne point… Si tu le veux, sois libre,
Mais garde-moi ce rire où l’âme flotte et vibre,
Ce regard, et ce geste à demi consentant…

Ne me contemple point, puisque toi seule es belle.
Douce, ne m’aime point, mais aime mon amour
Impétueux et sombre ainsi qu’au premier jour
Où je m’abîmai toute en l’extase cruelle.

Cependant, une fois encore, comme hier,
Maîtresse, accorde-moi le baiser de ta bouche.
Je me réjouirai de toi dans un farouche
Cri nuptial, dans un chant de triomphe amer.

Je ne saurai me taire, ô le plus beau des visages !
Je ne pleurerai point, si tel est ton vouloir.
Nous marcherons, les pas accordés vers le soir,
Plus graves au milieu des monts tristes et sages.

Vivante ou morte, je me souviendrai de toi,
De tes lèvres et du clair dessin de tes joues,
Du mouvement suave et lent dont tu dénoues
Tes cheveux, de ton col, de tes seins en émoi.

Si tu le veux, prodigue à d’autres d’autres heures,
Ma Maîtresse ! mais garde-moi cette heure-ci,
Epanouie ainsi qu’une grenade, ainsi
Qu’une rose, quand de ton souffle tu l’effleures.

Il est doux, pour un peu de temps, avant la mort,
O chère ! de trembler, d’espérer et de craindre ;
Il est doux, ayant bu l’extase, de s’éteindre
Avec lenteur, ainsi qu’un automnal accord…

RENEE VIVIEN

Je t'aime

Je t’aime d’être faible…

Je t’aime d’être faible et câline en mes bras
Et de cherche le sûr refuge de mes bras
Ainsi qu’un berceau tiède où tu reposeras.

Je t’aime d’être rousse et pareille à l’automne,
Frêle image de la Déesse de l’automne
Que le soleil couchant illumine et couronne.

Je t’aime d’être lente et de marcher sans bruit
Et de parler très bas et de haïr le bruit,
Comme l’on fait dans la présence de la nuit.

Et je t’aime surtout d’être pâle et mourante,
Et de gémir avec des sanglots de mourante,
Dans le cruel plaisir qui s’acharne et tourmente.

Je t’aime d’être, ô sœur des reines de jadis,
Exilée au milieu des splendeurs de jadis,
Plus blanche qu’un reflet de lune sur un lys…

Je t’aime de ne point t’émouvoir, lorsque blême
Et tremblante je ne puis cacher mon front blême,
O toi qui ne sauras jamais combien je t’aime !

RENEE VIVIEN

Confidence

Confidence devant le soir

Oui, je le crois, je suis calme, je suis heureuse.
L’aube a dû rafraîchir mes tempes de fiévreuse.

Viens, je te conterai mon passé, si tu veux.
Et je te parlerai d’abord de ses cheveux.

Ses cheveux la nimbaient, virginale auréole.
Elle ne savait pas que la douceur console.

Ses cheveux blonds étaient plus pâles qu’un reflet,
Et je l’ai poursuivie ainsi qu’un feu follet.

Ecoute.. Tu le sais, ô charme de mes heures !
Les premières amours ne sont pas les meilleures.

Cet irritant baiser qui me rongeait la chair
Mordait plus âprement que le sel de la mer.

Ton rêve se marie au mien lorsque je pense,
Et jamais je ne fus tranquille en sa présence.

Flatteuse, elle savait m’entourer de ses bras,
Mais bientôt je compris qu’elle ne m’aimait pas.

Et je sus m’arracher au piège de sa grâce.
J’ai pleuré très longtemps… Malgré soi l’on se lasse.

Ma vie était pareille au printemps défleuris.
Je me suis dit un soir : « Mes yeux se sont taris. »

Ainsi, je reconnus que son cœur était double,
Si bien qu’enfin je pus la contempler sans trouble.

J’évoque sans regret ces beaux jours très anciens,
Plus menteurs et plus doux que les songes païens.

Car ici je me crée une âme nonchalante,
Et l’instant fuit, ayant les pieds blancs d’Atalante.

Avec un langoureux bonheur je me détends…
O charme de tes yeux, des parfums et du temps !

Il me semble que j’ai parlé dans le délire
Tout à l’heure… Oublions ce que je viens de dire.

Renée VIVIEN

Paroles à l'Amie

Paroles à l’Amie

(...)
Voici : j’ai l’âge où la vierge abandonne sa main
A l’homme que sa faiblesse cherche et redoute,
Et je n’ai point choisi le compagnon de route,
Parce que tu parus au tournant du chemin.

L’hyacinthe saignait sur les rouges collines,
Tu rêvais et l’Eros marchait à ton côté…
Je suis femme, je n’ai point droit à la beauté.
On m’avait condamnée aux laideurs masculines.

Et j’eus l’inexcusable audace de vouloir
Le sororal amour fait de blancheurs légères,
Le pas furtif qui ne meurtrit point les fougères
Et la voix douce qui vient s’allier au soir.

On m’avait interdit tes cheveux, tes prunelles,
Parce que tes cheveux sont longs et pleins d’odeurs
Et parce que tes yeux ont d’étranges ardeurs.
Et se troublent ainsi que les ondes rebelles.

On m’a montrée du doigt en un geste irrité,
Parce que mon regard cherchait ton regard tendre…
En nous voyant passer, nul n’a voulu comprendre
Que je t’avais choisie avec simplicité.

Considère la loi vile que je transgresse
Et juge mon amour, qui ne sait point le mal,
Aussi candide, aussi nécessaire et fatal
Que le désir qui joint l’amant à la maîtresse.

On n’a point lu combien mon regard était clair
Sur le chemin où me conduit ma destinée,
Et l’on a dit : « Quelle est cette femme damnée
Que ronge sourdement la flamme de l’enfer ? »

Laissons-les au souci de leur morale impure,
Et songeons que l’aurore a des blondeurs de miel,
Que le jour sans aigreur et que la nuit sans fiel
Viennent, tels des amis dont la bonté rassure…

Nous irons voir le clair d’étoiles sur les monts…
Que nous importe, à nous, le jugement des hommes ?
Et qu’avons-nous à redouter, puisque nous sommes
Pures devant la vie et qu nous nous aimons ?…

RENEE VIVIEN

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