« La chevelure | Page d'accueil | Autre adresse »
18.06.2008
Regret
Regret
Il me souvient de ses bonnes paroles,
De ses chansons, de ses promesses folles,
Quand nous errions, tous les deux, dans les bois ;
Mais j'ai perdu le timbre de sa voix.
Et cependant il était bien suave,
Sonore et doux, ni trop haut, ni trop grave ;
Je l'écoutais avec ravissement.
Où donc est-il ce cher bruissement ?
Que mon oreille, hélas ! est imparfaite,
Puisque l'attrait qui m'emplissait de fête
Est à ce point désormais affaibli !
Je me croyais moins enclin à l'oubli !
GUILBEAU 1883
La mer
Est-ce un sanglot que murmure la vague ?
Soupire-t-elle une tristesse vague ?
Mon coeur perçoit un soupir dans le flot ;
Mon âme hier entendait un sanglot
Frisson léger, tonalité mouvante,
Tumulte immense avec son épouvante,
Que ce bruit soit terrible ou gracieux,
A mon oreille il est délicieux.
En sa rumeur, ma tristesse se noie,
Il harmonise ou ma peine, ou ma joie,
Et ses accord formés de mille accents
Vibrent toujours au mode que je sens.
GUILBEAU 1887
Déclaration
Ma douleur en est bien profonde :
Je ne puis distinguer, ni voir
Si vous avez des cils de blonde
Ou bien si vous avez l'oeil noir ;
Pourtant, sans savoir par moi-même
S'il est doux, timide ou moqueur,
Cet oeil, ou noir ou bleu, je l'aime !
Puisse-t-il deviner mon coeur !
Peut-être avez-vous une oreille
Au fin et délicat contour,
Peut-être est-elle une merveille,
Avec sa boucle pour atour.
Qu'importe qu'elle soit jolie !
Elle aurait pour moi des attraits,
Même étant laide, mais remplie
De soupirs murmurés tout près.
Ne pas voir ce que chacun loue :
Vos cheveux noirs, vos noirs sourcils,
Et votre front, et votre joue,
Hélas ! c'est l'un de mes soucis !
De qui voit vos beautés écloses
Pourtant je ne suis point jaloux,
Si par mes oeillets et mes roses
Mes sentiments montent à vous.
Je vous verrai toujours jolie
Sans voir vos yeux ni vos cheveux,
Si quand mon coeur bat et supplie
Vous écoutez quelques aveux !
Si votre voix, musique et flamme,
Dans ma nuit met un peu de jour,
Et si je trouve en vous une âme
Qui comprenne et sente l'amour !
E.GUILBEAU 1880
ODE
Oh ! quel étrange phénomène :
Trop souvent le but approché
Et pressenti par l'âme humaine
Reste longtemps vague et caché.
L'homme cherche, hésite et tâtonne,
Avance et recule sans voir,
De ne point découvrir s'étonne,
Et ne sait pas apercevoir.
Qu'il lui faut défricher de terres,
Qu'il lui faut effleurer de seuils,
Qu'il lui faut sonder de mystères,
Qu'il lui faut affronter d'écueils,
Et vainement sur mille voies
Mille fois se croire arrivé,
Avant de moissonner des joies,
Avant d'atteindre au but rêvé !
Extrait de GUILBEAU ... qui veut la suite ???
Désir
Sur le papier on fixe la pensée,
Au bout du monde elle est même lancée.
(...)
Mon coeur appelle une phonographie
Où toute voix humaine se confie,
Où le passé vibre pour l'avenir,
Echo gravé qu'aurait le souvenir !
Un appareil multipliant les charmes,
Imprimant tout : les rires et les larmes,
Retenant bien les sons gais ou touchants,
Rendant les cris, les soupirs et les chants.
Trouvera-t-on cela? Qui sait? Peut-être !
Tout est possible en nos jours. Alors l'être
Chéri jadis, même après avoir fui,
Nous laissera quelque chose de lui.
Extrait de E. GUILBEAU (1891)
Merci
Merci d'avoir comme un murmure,
Un frisson de brise à travers
Les grands maïs et la ramure,
Laissé pour toi courir mes vers.
Merci d'avoir à mon oreille
Qui s'emplit des soupirs des bois
Et des chants de l'oiseau qui veille,
Montré la fraîcheur de ta voix.
Merci d'avoir à ma tendresse,
Flux qu'arrête un rire moqueur
Et qu'un doux sourire caresse,
Ouvert le chemin de ton coeur.
Merci dans ta bonté charmante
D'avoir accepté tous mes voeux,
Gazouillis que l'espoir augmente
Et qui s'exhale en doux aveux.
Merci, merci, ma bien-aimée,
Sachant trop bien que ta beauté
Est pour moi page, hélas ! fermée,
De ne pas m'avoir rejeté.
Edgar GUILBEAU "Chants et légende de l'aveugle" (1880)
A une Amie
Bien qu'il soit facile à comprendre,
Certes, notre alphabet en points,
Merci de le vouloir apprendre
Sans nécessités, sans besoins.
Ma pensée à votre pensée
Ainsi sans obstacles ira ;
Nulle idée en chemin laissée
De moi pour vous ne se perdra.
Ces points divers, j'ose le croire,
Bientôt vos yeux les connaîtront,
Et, comptant sur votre mémoire,
J'espère qu'ils les retiendront.
Pour moi qu'à vous l'attrait attire,
Quels beaux songes réalisés,
Si je pouvais un jour vous lire
Comme aujourd'hui vous me lisez !
Edgar GILBEAU (1882)
19:10 Publié dans Handi-Poème | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


Les commentaires sont fermés.