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14.05.2008

Poèsies (Nerval)

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Poésies diverses


Mélodie (imitée de Thomas Moore)

Quand le plaisir brille en tes yeux

Pleins de douceur et d'espérance,

Quand le charme de l'existence

Embellit tes traits gracieux, -

Bien souvent alors je soupire

En songeant que l'amer chagrin,

Aujourd'hui loin de toi peut t'atteindre demain,

Et de ta bouche aimable effacer le sourire;

Car le Temps, tu le sais, entraîne sur ses pas

Les illusions dissipées,

Et les yeux refroidis, et les amis ingrats,

Et les espérances trompées!

Mais crois-moi mon amour! tous ces charmes naissants

Que je contemple avec ivresse

S'ils s'évanouissaient sous mes bras caressants,

Tu conserverais ma tendresse!

Si tes attraits étaient flétris,

Si tu perdais ton doux sourire,

La grâce de tes traits chéris

Et tout ce qu'en toi l'on admire,

Va, mon coeur n'est pas incertain:

De sa sincérité tu pourrais tout attendre.

Et mon amour, vainqueur du Temps et du Destin,

S'enlacerait à toi, plus ardent et plus tendre!

Oui, si tous tes attraits te quittaient aujourd'hui,

J'en gémirais pour toi; mais en ce coeur fidèle

Je trouverais peut-être une douceur nouvelle,

Et, lorsque loin de toi les amants auraient fui,

Chassant la jalousie en tourments si féconde,

Une plus vive ardeur me viendrait animer!

"Elle est donc à moi seul, dirais-je, puisqu'au monde

Il ne reste que moi qui puisse encor l'aimer!"

Mais qu'osé-je prévoir? tandis que la jeunesse

T'entoure d'un éclat, hélas! bien passager,

Tu ne peux te fier à toute la tendresse

D'un coeur en qui le temps ne pourra rien changer.

Tu le connaîtras mieux: s'accroissant d'âge en âge,

L'amour constant ressemble à la fleur du soleil,

Qui rend à son déclin, le soir, le même hommage

Dont elle a, le matin, salué son réveil!

Stances élégiaques

Ce ruisseau, dont l'onde tremblante

Réfléchit la clarté des cieux,

Paraît dans sa course brillante

Etinceler de mille feux;

Tandis qu'au fond du lit paisible,

Où, par une pente insensible,

Lentement s'écoulent ses flots,

Il entraîne une fange impure

Qui d'amertume et de souillure

Partout empoisonne ses eaux.

De même un passager délire,

Un éclair rapide et joyeux

Entr'ouvre ma bouche au sourire,

Et la gaîté brille en mes yeux;

Cependant mon âme est de glace,

Et rien n'effacera la trace

Des malheurs qui m'ont terrassé.

En vain passera ma jeunesse,

Toujours l'importune tristesse

Gonflera, mon coeur oppressé.

Car il est un nuage sombre,

Un souvenir mouillé de pleurs,

Qui m'accable et répand son ombre

Sur mes plaisirs et mes douleurs.

Dans ma profonde indifférence,

De la joie ou de la souffrance

L'aiguillon ne peut m'émouvoir;

Les biens que le vulgaire envie

Peut-être embelliront ma vie,

Mais rien ne me rendra l'espoir.

Du tronc à demi détachée

Par le souffle des noirs autans,

Lorsque la branche desséchée

Revoit les beaux jours du printemps,

Si parfois un rayon mobile,

Errant sur sa tête stérile,

Vient brillanter ses rameaux nus,

Elle sourit à la lumière;

Mais la verdure printanière

Sur son front ne renaîtra plus.


Mélodie irlandaise (imitée de Thomas Moore)

Le soleil du matin commençait sa carrière,

Je vis près du rivage une barque légère

Se bercer mollement sur les flots argentés.

Je revins quand la nuit descendait sur la rive:

La nacelle était là, mais l'onde fugitive

Ne baignait plus ses flancs dans le sable arrêtés.

Et voilà notre sort! au matin de la vie

Par des rêves d'espoir notre âme poursuivie

Se balance un moment sur les flots du bonheur;

Mais, sitôt que le soir étend son voile sombre,

L'onde qui nous portait se retire, et dans l'ombre

Bientôt nous restons seuls en proie à la douleur.

Au déclin de nos jours on dit que notre tête

Doit trouver le repos sous un ciel sans tempête;

Mais qu'importe à mes voeux le calme de la nuit!

Rendez-moi le matin, la fraîcheur et les charmes;

Car je préfère encor ses brouillards et ses larmes

Aux plus douces lueurs du soleil qui s'enfuit.

Oh! qui n'a désiré voir tout à coup renaître

Cet instant dont le charme éveilla dans son être

Et des sens inconnus et de nouveaux transports!

Où son âme, semblable à l'écorce embaumée,

Qui disperse en brûlant sa vapeur parfumée,

Dans les feux de l'amour exhala ses trésors!

Laisse-moi

Non, laisse-moi, je t'en supplie;

En vain, si jeune et si jolie,

Tu voudrais ranimer mon cœur:

Ne vois-tu pas, à ma tristesse,

Que mon front pâle et sans jeunesse

Ne doit plus sourire au bonheur?

Quand l'hiver aux froides haleines

Des fleurs qui brillent dans nos plaines

Glace le sein épanoui,

Qui peut rendre à la feuille morte

Ses parfums que la brise emporte

Et son éclat évanoui?

Oh! si je t'avais rencontrée

Alors que mon âme enivrée

Palpitait de vie et d'amours,

Avec quel transport, quel délire

J'aurais accueilli ton sourire

Dont le charme eût nourri mes jours!

Mais à présent, ô jeune fille!

Ton regard, c'est l'astre qui brille

Aux yeux troublés des matelots,

Dont la barque en proie au naufrage,

A l'instant où cesse l'orage,

Se brise et s'enfuit sous les flots.

Non, laisse-moi, je t'en supplie;

En vain, si jeune et si jolie,

Tu voudrais ranimer mon cœur:

Sur ce front pâle et sans jeunesse

Ne vois-tu pas que la tristesse

A banni l'espoir du bonheur?


Romance

Air: Le noble éclat du diadème


Ah! sous une feinte allégresse

Ne nous cache pas ta douleur!

Tu plais autant par ta tristesse

Que par ton sourire enchanteur

A travers, la vapeur légère

L'Aurore ainsi charme les yeux;

Et, belle en sa pâle lumière,

La nuit, Phoebé charme les cieux.

Qui te voit, muette et pensive,

Seule rêver le long du jour,

Te prend pour la vierge naïve

Qui soupire un premier amour

Oubliant l'auguste couronne

Qui ceint tes superbes cheveux,

A ses transports il s'abandonne,

Et sent d'amour les premiers feux!

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